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Treesition ressemble à un placement simple sur le papier, mais il repose sur des hypothèses de production et surtout de prix du bois qui restent difficiles à vérifier aujourd’hui. Les rendements annoncés, entre environ 3 % et 10 % par an selon les offres, ont déjà été revus fortement à la baisse, signe d’un niveau d’incertitude élevé. Dans ces conditions, l’intérêt existe surtout comme diversification très minoritaire, à accepter comme illiquide et potentiellement décevante.
En bref
- Rendements affichés : environ 3 % à 10 % par an selon l’offre, avec un historique de révisions (40 % puis 20 %, puis 12 %, 11 %, 10 %).
- Point dur : pour viser l’ordre de 10 % par an, un prix d’environ 840 €/m3 transformé est évoqué, alors que le marché européen du paulownia est décrit comme quasi inexistant.
- Blocage pratique : capital immobilisé typiquement 5 à 10 ans et pas de marché secondaire établi.
- Cadre : ventes via une structure en Belgique avec notes déposées à la FSMA ; agrément AMF en cours (espéré fin 2025), donc protection française limitée tant qu’il n’est pas obtenu.
Treesition, de quoi parle-t-on exactement ?
Treesition commercialise des offres d’achat d’arbres, principalement du paulownia, avec des cycles annoncés allant de 5 ans à jusqu’à 10 ans selon le produit. L’idée remonte à 2018, la société est fondée en 2021 et les premières plantations datent de 2022. Ce calendrier compte, car il rappelle une évidence un peu froide : à ce stade, il n’existe pas encore le recul d’une coupe arrivée à maturité sur le terrain.
Sur le plan réglementaire, les ventes passent par une filiale belge (ADAE SA), avec des notes d’information déposées auprès de la FSMA. Un dossier d’agrément AMF est en cours, annoncé comme espéré fin 2025. La nuance est moins administrative qu’il n’y paraît : tant que l’agrément français n’est pas obtenu, le niveau de protection et de recours attendu par un résident français peut rester plus limité.
Ce qui est réellement acheté : trois offres, trois profils de risque
Les offres se distinguent surtout par le ticket d’entrée, l’horizon de blocage et l’amplitude possible entre gain et perte. Les montants annoncés comme récupérables vont explicitement de 0 à un plafond variable selon le produit, ce qui revient à rappeler que le scénario « perte totale » n’est pas un impensé marketing, mais un cas prévu.
| Offre | Prix d’achat | Durée annoncée | Somme récupérée annoncée | Rendement théorique communiqué | Perte max indiquée |
|---|---|---|---|---|---|
| SereniTree | 50 € | Jusqu’à 10 ans | 0 à 65 € | Environ 3 %/an | -50 % (soit -50 €) |
| Treenergy | 90 € | 5 ans | 0 à 110 € | Environ 4 %/an | -90 € |
| LiberTree | 130 € | Jusqu’à 10 ans | 0 à 325 € | Jusqu’à environ 10 %/an | -130 € |
| Mix LiberTree + SereniTree | 176 € | Alignée sur les horizons ci-dessus | 0 à 392 € | Alignée sur les hypothèses des offres | -176 € |
Treenergy ajoute une couche « impact » avec des claims CO2 exprimés en kilogrammes sur 5 ans (55 kg par arbre, avec un exemple à 1 500 arbres par hectare). Ces chiffres existent dans la communication, mais l’investisseur particulier, lui, revient vite à une question plus prosaïque : qui achètera le bois, à quel prix, et selon quelles conditions.
Rendements annoncés : un historique qui oblige à la prudence
La trajectoire des promesses est le premier signal à lire. En avril 2023, il a été question de rendements « jusqu’à 40 % ». Puis les rendements communiqués dans les échanges avec les régulateurs ont évolué : 12 % en novembre 2023, 11 % en février 2024, 10 % en avril 2024, avec une étape intermédiaire à 20 %. Le message implicite est clair : ce placement vit sous régime de projection, et la projection a déjà été réécrite plusieurs fois.

Un autre point pèse lourd : la sensibilité au prix du bois. Pour atteindre l’ordre de 10 % par an, un prix d’environ 840 €/m3 transformé est avancé. Or, le marché européen du paulownia est décrit comme quasi inexistant, avec un manque d’acheteurs établis. Dans un tel contexte, le risque n’est pas seulement que le prix soit un peu plus bas, mais qu’il soit structurellement éloigné de l’hypothèse retenue, faute de débouchés.
La productivité entre elle aussi dans l’équation, avec une fourchette de 34 à 176 m3 par hectare et par an citée comme scénario. Entre le bas et le haut, la différence ne relève pas du détail. Elle change la nature même du pari.
Le risque principal n’est pas le discours, c’est l’exécution
Le paulownia impose des contraintes agronomiques qui ne disparaissent pas parce qu’un rendement est affiché. Les besoins mentionnés sont ceux d’un sol profond, de chaleur estivale et de disponibilité en eau, avec une sensibilité aux gelées tardives et aux vents violents. Il est aussi fait mention d’une contrainte d’espacement (« à moins de 5 m l’un de l’autre »), tandis qu’un scénario de 1 500 arbres par hectare apparaît dans les calculs CO2. Ce type d’écart entre une contrainte de terrain et une hypothèse de calcul mérite d’être traité comme un sujet en soi : il peut affecter mécaniquement les volumes par hectare.
Un rapport d’expertise indépendant ne parle pas d’arnaque, mais évoque des risques importants et des scénarios jugés très optimistes. La formulation compte : elle ne condamne pas le projet, elle rappelle simplement que l’agronomie ne se pilote pas comme un tableau de bord marketing. Un paquebot, même bien lancé, reste long à faire virer.
Liquidité et fiscalité : ce que change la vie réelle d’un investisseur français
La liquidité est limitée. Les horizons d’immobilisation récurrents sont de 5 ans pour Treenergy et plutôt 6 à 10 ans pour les autres offres. Surtout, il n’existe pas de marché secondaire établi, ce qui rend une revente anticipée difficile, voire impossible. Autrement dit, l’argent n’est pas seulement investi, il est « coincé » dans un calendrier biologique et commercial.

La fiscalité française évoquée se rapproche de celle des cessions de biens meubles. Un seuil d’exonération est mentionné à 5 000 € (cession inférieure ou égale). Au-delà, l’imposition indiquée est de 19 % au titre de l’impôt sur le revenu, plus 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 %. Un abattement de 5 % par an à partir de la deuxième année est aussi mentionné. Même sans entrer dans les raffinements, un effet ressort : un scénario où « tout se passe bien » peut tout de même être raboté par l’impôt, tandis qu’un scénario moyen, lui, ne laisse pas beaucoup de marge d’erreur.
Transparence, preuves et signaux faibles : ce qui rassure, et ce qui manque
Les retours en ligne disponibles sont globalement favorables sur le service client, avec une note autour de 4/5 sur une trentaine d’avis. Mais cette information renseigne surtout sur l’expérience commerciale à court terme, pas sur l’issue économique à 5 ou 10 ans. De même, des distinctions comme B Corp™ ou un prix entrepreneurial ont une valeur d’image, sans constituer une preuve de débouchés, ni une validation des hypothèses de prix.
Le point manquant, à ce stade, tient en une phrase : l’absence de preuves publiques de ventes de bois à maturité et de prix effectivement obtenus. C’est précisément ce qui rend les rendements difficiles à qualifier autrement que comme théoriques.
Une anecdote revient souvent chez ceux qui observent ce type de placements « à histoire » : l’achat d’un arbre comme cadeau pour marquer un anniversaire, puis l’habitude qui s’installe, un arbre par mois, parce que le geste est simple et gratifiant. Le piège n’est pas moral, il est comptable : la répétition transforme un geste symbolique en exposition financière, sans que le risque ait changé.
Checklist avant d’acheter : les vérifications qui réduisent vraiment le risque
- Statut et documents : vérifier l’existence et le contenu des notes d’information déposées à la FSMA, et l’état réel du dossier d’agrément AMF au moment de l’achat.
- Propriété et registre : exiger un certificat qui identifie précisément l’arbre (référence parcellaire, localisation), les droits accordés, la durée, les conditions de transfert, et le traitement des pertes (force majeure, remplacement, responsabilités, assurance).
- Économie du bois : demander la méthodologie détaillée derrière les volumes par hectare (34 à 176 m3/ha/an) et le prix cible évoqué (840 €/m3 transformé), ainsi que tout élément disponible sur les futurs acheteurs et conditions de commercialisation.
Au fond, Treesition ne se juge pas seulement sur une promesse, mais sur sa capacité à transformer trois inconnues en faits : la productivité réelle, le prix réellement obtenu, et la mécanique contractuelle qui relie l’investisseur à ces revenus. Tant que ces pièces restent difficiles à observer, l’investissement ressemble moins à un rendement « alternatif » qu’à une option longue, sans marché secondaire.

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